7
.

« Il a des positions anti-victimaires. »

« Le doute n’est pas un état bien agréable, mais l’assurance est un état ridicule. » Voltaire, lettre à Frédéric II, 1767

En l’absence de preuves médico-légales, la certitude absolue est bien souvent inaccessible dans ces affaires « parole contre parole ». Dès lors, il existe deux erreurs possibles face à une allégation d’abus sexuel : ne pas croire un enfant qui a été abusé, ce que l’on appelle le faux négatif, et croire à un abus qui n’a pas eu lieu, le faux positif. L’expérience montre que c’est bien souvent ce dernier qui est choisi.

Je refuse de hiérarchiser ces deux erreurs, toutes deux dévastatrices (Assemblée nationale, audition du 6 mai 2026). La première laisse un enfant sans protection, et peut effectivement aboutir à octroyer un droit de visite et d’hébergement à un parent abuseur : risque inacceptable. La seconde peut priver un enfant d’un parent aimant, le laisser grandir dans la conviction d’avoir été abusé et, accessoirement, conduire à condamner un innocent. Ce qui n’est pas tout à fait rien non plus.

Prendre une plainte au sérieux, prendre une parole d’enfant au sérieux, ne revient pas à prendre une révélation au pied de la lettre. Cela impose de l’examiner avec soin : comment et dans quel contexte la révélation a-t-elle surgi, quelles ont été les toutes premières questions posées à l’enfant, par qui et combien de fois ? Le dévoilement a-t-il été spontané (confidence d’un enfant sans soupçon préalable) ou sollicité (un adulte inquiet interroge l’enfant, parfois à de nombreuses reprises, avant qu’il ne parle) ? Le second type de dévoilement est, selon une abondante littérature scientifique, bien moins fiable que le premier (voir aussi la question 2). Quelles sont les personnalités du parent présumé abuseur, mais aussi de l’autre parent, dit protecteur ? Quelles sont les conséquences de la révélation, notamment si les deux parents se déchiraient au sujet de l’organisation et des droits de visite ?

Cette démarche ne préjuge pas de la conclusion. Elle sert à éviter une conclusion connue d’avance, dans un sens ou dans l’autre. Il s’agit d’une grille de lecture issue de la littérature scientifique internationale, qui ne peut conduire qu’à une conclusion « probabiliste » : l’expert péremptoire, dans un sens comme dans l’autre, est dangereux… ou militant. Il est en tout cas, bien souvent, monoïdéique.

J’ai proposé à la suite du séisme de l’affaire d’Outreau de supprimer le mot « crédibilité » du vocabulaire de l’expertise (Assemblée nationale, audition du 6 mai 2026) : est « crédible » ce qui est plausible, ce que l’on peut croire. En matière d’abus sexuels, le pire est possible, et l’abus s’étend de zéro à l’infini. Tout, ou presque, est donc « crédible ». Mais « croire » n’est pas du domaine de l’expert, qui a surtout pour mission d’analyser, de décrypter, d’éclairer le juge qui le mandate. L’aptitude au doute, en matière d’expertise, n’est pas un aveu de faiblesse, mais bien au contraire une qualité professionnelle. Ma proposition a d’ailleurs été entendue : le terme de « crédibilité » a effectivement disparu de la mission de l’expert.

J’ai encore en mémoire les mots de Marc Bonnant, éminent avocat genevois, ancien bâtonnier du barreau de Genève :

La certitude, c’est l’intelligence à l’arrêt ; le doute, c’est l’intelligence en mouvement.

Sources :

Controverses suivantes

Voir toutes les controverses