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« Il n’est pas pédopsychiatre, il n’est pas compétent pour examiner des enfants. »

Je suis psychiatre, et non pédopsychiatre. Je ne l’ai jamais caché et ne revendique pas cette spécialité. Mon nom figure sur la liste nationale des experts, établie par la Cour de cassation, plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français : cette liste nationale compte onze psychiatres d’adultes en 2026, contre plusieurs centaines sur les listes des cours d’appel. Le bureau de la Cour de cassation a renouvelé cette inscription le 11 décembre 2023, me maintenant sa confiance alors même que les plaintes des associations étaient pendantes.

Au-delà du fait, connu de tous, que chaque psychiatre fait, durant son internat, des stages en pédopsychiatrie, la compétence d’un expert s’apprécie au regard de la mission. Comme son nom l’indique, une expertise familiale porte sur une famille, et non sur le seul enfant : histoire du couple et visions comparées de la mésentente, personnalité et compétences parentales des deux parents, étude des relations entre l’enfant et chacun de ses parents, craintes ou défiance exprimées par parents et enfant(s), enjeux de la séparation et du litige autour de la garde ou du droit de visite. Ce litige est constant lorsqu’un juge aux affaires familiales sollicite l’avis d’un expert psychiatre. Il s’agit donc avant tout d’une approche systémique, et non d’un avis pédopsychiatrique sur une pathologie que l’enfant, le plus souvent, ne présente pas. Si je repère chez un enfant des troubles qui appellent un avis spécialisé, ou si l’enfant est suivi par un(e) psychologue, je recueille, avec l’accord des parents, l’avis du thérapeute qui le suit. Il m’arrive aussi de demander l’avis d’un pédopsychiatre en qualité de sapiteur, notamment en cas de trouble du développement ou de dépression de l’enfant.

Dans le cas particulier d’une suspicion ou d’une accusation d’inceste, l’analyse de la fiabilité d’un dévoilement d’abus sexuels, la façon dont la parole de l’enfant a été recueillie posent d’autres questions, et nécessitent des connaissances en psychologie du témoignage. Pour le recueil et l’analyse de la parole de l’enfant, la formation spécifique compte autant que le titre. J’ai été formé à l’analyse de la validité des déclarations (méthode SVA) par le professeur Hubert Van Gijseghem, qui en a témoigné par écrit, et me réfère lorsque c’est nécessaire aux protocoles d’audition de l’enfant de type NICHD (Assemblée nationale, audition du 6 mai 2026). Des confrères reconnus ont attesté par écrit de ma compétence dans ce domaine. Mais il ne faut pas confondre l’investigation policière, avec la pratique des auditions filmées dites « Mélanie », et la mission de l’expert psychiatre en affaires familiales. 

La chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins a d’ailleurs écarté ce grief sans aucune ambiguïté. Elle relève que « de nombreuses expertises » m’ont été confiées par des juges aux affaires familiales « qui ont exprimé leur satisfaction du travail accompli ». Elle reprend l’analyse de magistrats qui en ont témoigné par écrit : dans la grande majorité des cas en effet, ce type de mission ne porte pas sur une pathologie de l’enfant (auquel cas l’avis d’un sapiteur pédopsychiatre est sollicité), mais sur une analyse du fonctionnement de la famille, et il est attendu de l’expert dans ce type de missions « un éclairage systémique » : plusieurs de mes éminents confrères (parmi lesquels le Dr Daniel Zagury, le Pr Hubert Van Gijseghem) ont qualifié « d’absurdité » le grief de ne pas être pédopsychiatre. 

J’ajoute que tous les psychiatres inscrits sur les listes d’experts pratiquent de façon habituelle des expertises en affaires familiales. La juridiction ordinale rappelle qu’en matière d’affaires familiales, la désignation d’un psychologue ou d’un psychiatre pour adultes « est très courante » (chambre disciplinaire de première instance d’Île-de-France de l’ordre des médecins, 14 mars 2025, n° C.2022-8081 et C.2023-8647). 

La même décision rappelle que la demande de retrait de la liste des experts de la cour d’appel de Versailles, présentée par une association, a été rejetée par l’avocat général le 28 avril 2023.

Enfin, le maintien sur les listes d’experts suppose une formation continue régulière, que l’expert est tenu de communiquer annuellement, à sa cour d’appel comme, pour l’expert national que je suis, à la Cour de cassation. Formations suivies certes, mais aussi formations données, puisque je suis régulièrement sollicité pour intervenir dans des congrès, colloques, ou formations scientifiques.

Sources :

Assemblée nationale, commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses, audition du Dr Paul Bensussan, 6 mai 2026, compte rendu n° 34.

Chambre disciplinaire de première instance d’Île-de-France de l’ordre des médecins, décision du 14 mars 2025, n° C.2022-8081 et C.2023-8647 (plaintes des associations CDP-Enfance, Innocence en danger, REPPEA et Collectif féministe contre le viol).

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